L'affreux
Ses photos font peur, elles destabilisent, montrent de ce que l'on se refuse de voir, ou d'imaginer.
Lui, c'est un personnage étrange, qui pose parfois parmi ses modèles.
Ses clichés, pris en atelier, nécessitent un travail de longue haleine. Tout est réfléchi, chaque élément a sa place, pas une autre. Le résultat cinglant de ses mises en scènes est un tableau : tableau de la beauté étrange, entre poses baroques, scènes de genres, natures mortes. Mortes, ses choses le sont souvent, elles dressent un portrait malsain d'une société qui se dit saine.
Joel Peter Witkin ne montre que ce qui est. Par des moyens artificiels, il désigne la réalité des gens, des évènements, des choses. Il ne se morfond pas, il n'étale pas des penchants pervers. Il coud des morceaux d'êtres, il brode des décors, il tisse des toiles de fonds : il tricote bien un habit, mais lequel? il fait voir le dessus des dessous. Son coup de crochet vous abîme votre bienséance, votre morale? Demandez-vous plutôt qui met-il en exergue sur ces canevas, ses photos griffées, trouées, brûlées, coloriées.
Dans une société qui prône la beauté par-dessus tout, l'horreur nous est cachée. Mais là, apprenez à vous débarrasser des préjugés, interrogez-vous sur l'essence même des choses, de votre âme.
Si ses photographies font apparaître la douleur exacerbée de l'être humain, la solitude de celui-ci, et que vous ressentez un certain plaisir, celui des yeux, en les regardant, le photographe aura réussi à vous toucher, à ne plus vous dégoûter de ce que vous cachez en vous.